L’avenir de la Kabylie en débat PDF Imprimer Envoyer
Jeudi, 21 Mai 2009 18:01

Il y a des pays qui après des déchirements intérieurs (politiques, linguistiques, culturels et sociaux) ont vite compris que la solution pour vivre en paix et en harmonie, était l’autonomie régionale. Et de ce fait, son application n’a posé aucun problème, ni au pouvoir, ni aux régions concernées, qui d’ailleurs ne s’en portent que mieux et vivent sereinement leur statut.

 Si, chez nous en Kabylie et en Algérie, ce concept d’autonomie régionale est mal perçu et mal assimilé, c’est pour deux raisons majeures.

D’abord, un amalgame sciemment entretenu par ceux qui s’opposants à cette idée qui mettrait en péril la survie même de leur parti politique respectif dans la région et, du coup, à leurs espoirs de leadership. Ils font ainsi croire à ceux qui les écoutent que les autonomistes veulent l’indépendance de la Kabylie, la division du pays et autres fadaises.

 Ensuite, à travers tous les meetings, conférences et débats organisés par le MAK quelques questions reviennent comme un leitmotiv dans la bouche des intervenants :
-  Qu’allons-nous manger ?
-  De quoi allons-nous vivre ?
-  Renoncerions-nous à notre part de pétrole en Algérie ?

Que dire, que penser, que répondre à ces personnes tout à fait sincères, apparemment davantage préoccupées par des questions d’ordre alimentaire que par l’avenir de leur région, de leur peuple et de leurs propres enfants ? Où est la dignité légendaire du Kabyle qui comme le chêne préfère casser que plier ? Que sont devenus les slogans « ulac smah oulac, anerrez wala aneknou, nukni dimazighen ur netruz un nekennou ? » etc.…

Nous allons, donc, essayer d’apporter quelques éléments de réponse à leurs questionnements d’ordre immédiat et espérer convaincre ceux qui demandent à l’être. Sinon nous avons apporté un petit plus d’argumentation économique utile à ceux qui hésitent encore à s’engager dans la lutte pour une cause noble et juste : celui d’exister et de s’affirmer librement. Entre militer pour des biens matériels, personnels et la gloire, et militer pour un idéal, une identité, une personnalité, notre choix est vite fait et nous disons haut et fort qu’aucune raison, fut-elle de subsistance ne justifie de demeurer inféodé à une caste maffieuse, à un cartel politico militaire ou à une quelconque chapelle idéologique barbare et régressive.

Commençons par le pétrole, principale question récurrente : y a-t-il vraiment encore des gens qui croient vivre des revenus du pétrole ? Pas beaucoup, mis à part, les valets, les suppôts du pouvoir et les ceux qui, d’ordinaire, ignorent la réalité des faits. Sinon tout le monde aura compris que la manne pétrolière va partout en Algérie, à l’étranger, mais pas en Kabylie. Et que cette manne continue éternellement à essayer de remplir des panses jamais rassasiées. Autant remplir les tonneaux des DANAÏDES.

Nos grands parents et arrières grands parents n’ont pas connu le pétrole. Ils étaient forts, fiers, vivaient en autarcie mais libres. Pauvres mais dignes. Ils nous avaient enseigné l’art de vivre toujours libres et dignes et de ne compter que sur soi, ce que certains ont oublié de faire. Et puis le pétrole n’est pas éternel, il disparaîtra dans 20-25 ans maximum, et peut-être, remplacé bien avant par une autre énergie de substitution. Tous les pays dépendant du pétrole planchent sur les solutions de rechange. Avec un baril de pétrole à 70$, demain peut-être à 100$, ces recherches sont à portée de leurs budgets. Quel serait alors l’avenir de la Kabylie dans 40-50 ans ? Ceux qui auront été du côté du pouvoir assassin, auront peut-être assuré leur avenir et celui de leurs enfants dans la honte et l’opprobre. N’auront-ils applaudi tous les gouvernements, tous les présidents, toute les dérives, tous les massacres, toutes les injustices, qu’à la seule fin de manger dans la gamelle du pouvoir ?. Inadmissible option.

-  A propos des impôts

Tout le monde sait bien que Tizi-ouzou et Vgayet sont le deux Wilaya les plus fortement taxées du territoire national, étant considérées comme riches. On aurait bien voulu l’être, mais en réalité nous sommes les plus pauvres. Notre richesse réside dans nos hommes, leur intelligence et leurs valeurs de liberté, de démocratie et de dignité. En gardant pour elles que la moitié des impôts recouvrés par ces deux Wilaya, elles pourraient déjà démarrer et faire fonctionner toutes leurs institutions communes que renforceront les espaces kabyles des wilaya de Jijel, Sétif, Bordj Bou-Arreridj et Boumerdes.

Il est utile de préciser que l’autonomie ne se fera pas en un jour et qu’un échéancier sera mis en place après négociations avec l’Etat central quant à son désengagement de la région. Ce désengagement se fera progressivement et graduellement dans les domaines, sécuritaire, économique, socioculturel … etc.

Autres potentialités pérennes et sources de revenus considérables et durables

-  Le liège : une énorme forêt de chêne-liège s’étend de Ziama Mansouriah à Dellys, des milliers d’hectares à l’abandon ou carrément à l’état sauvage. Les gendarmes et militaires y mettent souvent le feu sous prétexte de débusquer les terroristes qui s’y cachent. Le liège est rare dans le monde et ceux qui le possèdent en tirent un très grand profit. En exploitant de manière optimale ce liège, la Kabylie peut en tirer, chaque année des millions de dollars à vie. Inépuisable, facilement exportable, très demandé dans les industries vinicoles et dans la construction (isolation).

-  Le tourisme : la population kabyle a toujours été hospitalière, ouverte à toutes les cultures, nations et langues du monde, comme elle a toujours courtoisement accueilli les visiteurs étrangers. La Kabylie pourrait même ne vivre que du tourisme. Outre l’apport non négligeable en devises qu’il génère il y a lieu de rappeler toute l’économie qui se développe dans son sillage : artisanat, randonnées, commerce restauration et hôtellerie, agences de voyages, tour-operators, échanges culturels, transports …etc. D’autant que la communauté (autant parler de peuple) kabyle jouit d’une excellente réputation de sérieux, de paix et de magnifiques sites montagneux.

-  Les investissements étrangers : beaucoup d’entreprises européennes, ou autres grevées par de lourdes charges (fiscales, salariales) préfèrent délocaliser, quitte à aller au bout du monde à la recherche de pays où les dépenses sont moins écrasantes, pour être plus compétitives sur le plan des prix et ainsi renforcer ou garder leur rang à l’échelle internationale. La Kabylie, en offrant des garanties aux investisseurs étrangers, pourrait devenir une grande zone de développement industriel international. Pour cela la Kabylie offrira des terrains d’assiette à prix modiques pour leur installation ainsi que des intéressements fiscaux. Notre but étant simplement de créer des centaines de milliers d’emplois, pour nos jeunes qui se plaignent du chômage et fuient à l’étranger dès qu’ils le peuvent. La création d’emplois est donc la première priorité.

-  Eau : La Kabylie, bien gâtée par la nature et par sa géographie spécifique, bénéficie d’un arrosage et d’un enneigement conséquents assez constants. Ce que le pouvoir d’Alger a bien compris et c’est dans notre région qu’il est venu chercher l’eau qui lui manquait dans d’autres grandes villes : Alger alimentée en eau potable par le barrage de Taksebt, ou Sétif par le barrage de Bouhamza, et autres. Ces barrages ne profitent pas, hélas, aux régions où ils ont été construits. Ces barrages et d’autres à réaliser pourraient, non seulement, alimenter en eau potable la Kabylie et mettre ainsi un terme à la hantise des robinets secs, ou bien à l’image de la femme kabyle descendant à la fontaine, sa cruche sur la tête (ou son jerrican, c’est selon). Mais aussi et surtout arroser champs et jardins, oliveraies et figueraies qui donneront une profusion de fruits et légumes, des céréales et de fourrages. Cela aurait une incidence directe sur les prix dans les marchés de la région, en offrant plus que la demande. Car l’autosuffisance familiale fera baisser la tension sur les marchés et le surplus produits sera mis à la vente, voire être exporté. Des barrages existent, d’autres seront à construire pour retenir toute cette eau bénite envoyée par le ciel et le surplus pourrait être facturé aux autres villes ou villages intéressés.

-  Pêche : de Dellys à Ziama-Mansouria, ce ne sont pas moins de 300 km de côte méditerranéenne. Plages au sable fin, sites touristiques, ports et stations balnéaires, ports de pêche, port pétrolier (Béjaïa), industries de la pêche et des conserveries existant et à créer. Des milliers d’emplois en perspective et des richesses inépuisables.

-  L’huile d’olive : c’est une denrée rare et très recherchée. Une excellente opportunité d’exportation. Le marché de l’huile d’olive est actuellement accaparé par la Tunisie, l’Italie et la Grèce et l’Espagne. La Kabylie pourrait s’insérer dans ce créneau porteur et se faire une place honorable parmi les pays cités, une fois les oliveraies bien arrosées avec nos barrages et bien entretenues par nos oléiculteurs.

-  Si le pétrole n’est pas situé en terre kabyle, la principale source d’énergie électrique, est, elle, située en Kabylie, source d’importants revenus et aussi, une arme de dialogue contre le chantage, une arme de défense. Notre électricité va jusqu’au Maroc et en Tunisie.

La Kabylie est riche de potentialités, de ressources naturelles inépuisables. Les idées sont là, les hommes à même de les réaliser aussi. Ce ne sont pas les richesses qui créent l’Homme, mais l’Homme qui crée les richesses. Les hommes nés dans l’opulence sont moins enclins à la rupture avec un ordre établi, qui leur offre tout, que ceux nés dans le besoin matériel et intellectuel ; et pour cause ! Ils sont heureux. C’est ainsi que beaucoup de pays ne disposant pas d’une goutte de pétrole sont plus développés et leurs peuples plus libre que ceux qui en ont. Il est même admis que dans le tiers monde le pétrole est davantage une calamité pour la liberté des peuples qu’une arme au service de leur développement.

En Kabylie tout le monde souhaite un changement radical mais une bonne frange de la société se trompe de voie qui est pourtant là, à portée de main : Elle s’appelle autonomie régionale. Il suffirait de reconsidérer ses référents idéologiques pour s’en apercevoir. Il suffirait de rejoindre les rangs de la Kabylie autonome qui, par ailleurs, grossissent régulièrement de militants sincères dévoués à la cause kabyle. Il ne s’agit plus, comme naguère, de s’engager pour partager le pouvoir au sommet de l’Etat algérien avec les bourreaux de nos enfants mais pour œuvrer à garantir aux générations kabyles à venir une vie de liberté et d’épanouissement capable de les propulser au rang des nations qui bâtissent un monde de solidarité et de respect de la vie humaine. La Kabylie a une urgence à rompre avec la conception jacobine de l’Etat, l’arabo-islamisme et les tenants de l’intégrisme religieux pour mieux asseoir une société de paix, de liberté, de démocratie et de justice sur son territoire.

Que vive la Kabylie libre et autonome en démocratie !

Meziane AMARA.